FACIONYMAT

Loi garantissant l’anonymat des visages et leur non-identification par les technologies.

Dans la rue, dans les commerces, sur Internet, des caméras captent les visages. Grâce à des ’intelligences artificielles, les personnes sont identifiées et des liens sont faits avec toutes leurs activités.

Ces banques de visages sont exploitées par la police, le marketing, les gouvernements.

Cette surveillance omniprésente porte atteinte à la liberté d’aller et venir anonymement. Nombreux organismes demandent le facionymat ou une loi garantissant l’anonymat.

 
 

Facionymat : mot-valise composé de face et d’anonymat.
Sa composition indique que les individus exigent de pouvoir se déplacer de manière anonyme.

Robert, comment fonctionne la reconnaissance faciale ?

Le premier temps est de constituer des banques de visages identifiés.
On a des visages identifiés par de multiples sources. Quelques exemples :
Services publics : photos des divers documents officiels.
Réseaux sociaux : les photos de profil, les selfies, les challenges…,
Logiciels de traitement de photos.
Accès à un service par identification biométrique : téléphones, portes…
Des visages peuvent aussi être reconstitués à partir de l’ADN.

Les visages étant identifiés, un lien est créé avec toutes les activités numériques de l’utilisateur : réseaux sociaux, déplacements, achats, recherches…

Grâce à des caméras installés dans la rue, les commerces, les lieux publics, on peut

Prévenir les crimes

Les criminels sont repérés en une fraction de seconde. On repère leurs déplacements avant qu’ils commettent leurs délits. Pour que le système fonctionne, il faut multiplier les caméras et considérer que le maximum de personnes soit présumé coupable !

Traquer le consommateur

Dans le métro, la rue, un magasin, le piéton devient un consommateur potentiel. Les marchands l’identifient pour lui proposer les produits et services. Le marketing devient du harcèlement.

Surveiller tout le monde

Cette technologie offre aux gouvernements la capacité de savoir qui nous sommes, où nous allons, ce que nous faisons et qui nous fréquentons. Il peut profiter de ces informations pour organiser une dictature numérique.

Détecter des maladies et émotions

L’analyse du visage permet d’identifier des émotions et repérer certaines maladies. Cette capacité peut être utilisée pour le pire comme le meilleur.

 

Petits futurs quotidiens de la reconnaissance faciale

Vous avez participé il y a quelques années au challenge Facebook « 10 ans ». Depuis, on vous présente chaque matin votre visage dans 10, 20, 30 ans afin de vous inciter à investir dans des traitements anti-vieillissement.


 

Vous êtes dans le métro avec votre compagne. Une inconnue vous prend en photo et vous envoie un message indiquant le degré de compatibilité amoureuse avec elle.

À cause d’une photo prise en soirée et postée sur un réseau social, l’assurance vous soupçonne d’alcoolisme.Sous prétexte de soigner les futurs dégâts, vous devez désormais lui verser 10 % sur chaque bouteille achetée. Le paiement s’effectuant par reconnaissance faciale, le prélèvement est automatique.

 

 

Vous voulez aller manifester contre la politique du gouvernement. Une caméra ayant détecté votre sensibilité politique, vous ne pouvez pas acheter de titre de transport.

Vous revenez en métro. Grippé avec une fièvre de cheval, vous êtes dans l’incapacité de laisser votre place à un homme d’un certain âge. Un voyageur vous prend en photo. Dans la seconde, vous recevez un malus d’incivilité. 

Vous adorez les nus de Rubens. Quand vous vous promenez à Pigalle, tous les vendeurs vous interpellent par votre prénom pour inviter à découvrir des nus moins figés. 


 

 

À cause de votre peau un peu foncée, le logiciel vous a identifié comme un braqueur. Même pour acheter une baguette de pain, il faut que vous justifiiez de votre identité.

Fini le CV, pour le recrutement l’envoi d’une photo suffit. Si vous avez participé à une manifestation contre la reconnaissance faciale, ne vous étonnez pas d’être refusé par toutes les entreprises. 

Quand vous allez au supermarché, vous devez suivre un parcours optimisé adapté à vos habitudes de consommation. Quand vous vous éloignez, on vous signale que vous perdez votre temps.

Vous rentrez tard chez vous. Vous êtes fatigué, vous avez un peu abusé de substances toxiques. La porte ne s’ouvre pas. La serrure à reconnaissance faciale ne vous reconnaît pas.

Grâce aux caméras installées partout dans la ville, votre femme vous suit à distance. Vous évitez de déjeuner avec des collègues femmes pour ne pas subir ses longs interrogatoires.

En soirée, plus besoin de se présenter, tout le monde photo-identifie tout le monde. Comme votre start-up cartonne, il y a toujours un lourdaud aviné qui veut se faire embaucher. 


Vous avez essayé sans acheter des lunettes dans une boutique. Depuis, chaque jour, le magasin vous envoie votre visage avec un nouveau modèle.

Vous traversez en dehors des clous. Votre image s’affiche sur un grand écran. Les témoins évaluent la gravité de votre délit. L’amende dépend de leurs notes.

Vous passez la frontière. Parce que vous n’avez pas laissé votre place dans le métro et que vous avez traversé en dehors des clous, vous devez subir un interrogatoire. Gare aux mensonges, la reconnaissance faciale les détecte.

A VOTRE TOUR D’IMAGINER DES SCÉNARIOS

7 + 7 =

Les banques de visages

En 2017, ­Amazon a lancé Rekognition, un service de reconnaissance d’images permettant d’identifier des personnes. L’entreprise a stocké de dizaines de millions de visages. La police américaine utilise cette application dans plusieurs États. En prime, Amazon Rekognition détecte l’état de bonheur, de tristesse ou de surprise à partir d’images faciales.

La société californienne FaceFirst vend un système de reconnaissance faciale permettant aux grandes surfaces de reconnaître leurs clients fidèles et repérer les voleurs jusque sur le trottoir.

Facebook engage chaque jour les internautes à taguer les photos qu’ils publient avec les noms de leurs amis. Grâce à DeepFace, son système de reconnaissance faciale, l’entreprise dispose d’une gigantesque banque de visages identifiables. 
Le « 10 Years Challenge », un défi où les utilisateurs comparent leurs photos de 2009 et de 2019 entraîne leurs algorithmes de reconnaissance faciale au processus de vieillissement.

Encore plus loin

Parabon NanoLabs, une entreprise de Virginie, utilise un échantillon d’ADN pour fournir une photo d’un individu. L’image comprend la couleur des yeux, de la peau, des cheveux, la morphologie du visage et l’ascendance biogéographique. L’entreprise travaille régulièrement avec les services de police aux États-Unis et au Canada. De nombreuses autres entreprises travaillent sur le portrait-robot ADN.

Du contrôle Déjà effectif

En Chine, à Shenzhen, le visage et l’identité des piétons qui traversent en dehors des feux s’affichent sur un écran géant. Ils s’effacent quand ils ont payé une amende au commissariat.

Des dizaines de coureurs de marathon prennent des raccourcis et se font remplacer. L’état chinois a choisi de traquer les participants avec la reconnaissance faciale.

 

La nécessité d’une loi

On devrait pouvoir marcher dans la rue sans craindre que des entreprises dont on n’a jamais entendu parler enregistrent chacun de nos mouvements et les identifient avec nos noms.
La demande des associations de consommateurs américains

 

Nous exhibions sans peur notre visage en public parce que nous avions l’habitude d’y conserver un anonymat suffisant : dans la rue, nous ne pouvons pas identifier tous les passants ; nous y sommes plus ou moins incognito. Aujourd’hui, cette part d’obscurité est menacée par la vidéo. Assistée par l’intelligence artificielle, elle développe une capacité mémorielle supérieure à celle des humains, tout en stockant visages et données personnelles.
Woodrow Hartzog, Samford (Alabama) et Evan Selinger,’Institut de technologie de Rochester

Il est désormais possible de repérer et de cibler des migrants, des minorités religieuses et des personnes de couleur. (…) Dans un monde de surveillance fondé sur la reconnaissance faciale, les gens craindront d’être repérés et ciblés par le gouvernement s’ils participent à une manifestation, se rassemblent hors des lieux de culte, ou simplement vivent leur vie.

Mardi 15 janvier 2019, quatre-vingt-cinq organisations non gouvernementales (ONG) américaines ont adressé trois lettres à Amazon, Microsoft et Google en leur demandant de s’engager à ne pas mettre leurs technologies de reconnaissance faciale à disposition des gouvernements.