THERMOMIXAGE

Utilisation de l’intelligence artificielle pour créer un formatage culturel

Le thermomixage consiste à utiliser des intelligences artificielles pour proposer des services acceptables et acceptés standardisant les intelligences humaines.

Ils ne sont ni exceptionnels ni détestables. Ils ne sont pas moches ou beaux. Ils sont juste acceptables et acceptés, car conçus pour standardiser les intelligences humaines.

On assiste à du thermomixage lorsque les IA sont utilisées pour :

Aiguiller les choix culturels

Sur les plateformes de musiques, des algorithmes effectuent des listes personnalisées en fonction de multiples paramètres. En règle générale, ces choix musicaux sont appréciés par les auditeurs, qui finissent par écouter le même type de musique.

Le même principe est adopté pour les films. Si on regarde deux comédies, l’algorithme déduit qu’on adore les comédies. Il ne va donc pas vous proposer des films d’horreur. 80 % des contenus regardés sur Netflix découlent du système de recommandations.

 

Informer de manière partiale

Sur les réseaux sociaux, Facebook en tête, les informations choisies confortent les a priori. Celles venant de personnes ayant des avis opposés n’apparaissent jamais. On finit par l’impression que tout le monde partage sa vision du monde.

 

Orienter les recherches des utilisateurs

Lors d’une recherche sur Google, vous écrivez un mot, voire un début de mot, qui est immédiatement associé à d’autres. L’algorithme se base sur les recherches du moment. Si vous mettez le mor « gilet », il ajoutera jaune et ne vous proposera spontanément de vous renseigner sur les gilets de sauvetage fournis par les migrants. Sous prétexte de vous simplifier la vie, les algorithmes dirigent les choix.

 

Standardiser les manières de s’exprimer

Ok Google, met de la musique… Alexa, plus fort… Ok, robinet, eau chaude… Ok, porte ouvre-toi.. Ok, stop… Ok, voiture avance. Ok, plus vite… À force de parler aux machines en donnant des ordres, la machine va progressivement modifier notre manière de parler.Des enfants commencent à parler ainsi à leurs proches.

On peut assister à du thermomixage dans le recrutement. Les IA s’efforcent de recruter des personnes ayant les mêmes caractéristiques que les personnes à remplacer.

Le thermomix est un robot de cuisine. Contrairement aux robots traditionnels, il n’assiste pas le cuisinier en coupant les légumes, faisant monter les blancs en neige, mixant la soupe. Il prend les rênes de la cuisine. L’utilisateur choisit une recette et est guidé pas-à-pas. Il est l’apprenti de la machine. Il met les ingrédients dans la machine qui s’occupe de la cuisson et du bon déroulement des opérations.

Cette machine a bien entendu ses atouts en permettant aux deux mains gauches de la cuisine d’abandonner la junk food. Il a aussi ses inconvénients.
Le premier est son prix qui dépasse l’entendement.
Le deuxième est de donner l’illusion que faire une soupe est l’affaire du siècle.
La troisième, à mon sens la plus perverse, est que les plats préparés par ce robot sont moyens. Ils ne sont ni bons ni mauvais. Ils sont sans goût, sans piquant, sans originalité, car adaptés à tous les palets.

 
 
Est-ce que le thermomixage est un concept vendeur ?

Oui
Le thermomixage est une drogue douce d’une efficacité redoutable. On l’adopte sans discuter, car il met fin à la tyrannie du choix. Pas besoin de demander « Algo, mon algo, qu’est-ce que tu me conseilles ? », il suffit de se brancher et de se laisser entraîner dans un flux continu. On choisit de regarder une vidéo. Quand elle se termine, Youtube en propose une autre, puis une autre. Trois heures plus tard, on continue à s’émerveiller des prouesses des chats.

Les algorithmes garantissent un confort total. Si vous regardez le dernier clash d’Éric Zemmour, ils ne vont pas vous perturber en proposant des conférences  du Collège de France ou une cantate de Bach. Ils vous laissent dans votre bulle et ne prennent jamais le risque de vous ouvrir l’esprit.

 
Est-ce qu’il y a des limites au thermomixage ?

Oui

Le thermomixage va :

 

Diminuer la diversité culturelle

La musique ou les films « de niche » ne peuvent pas trouver leur place dans ces systèmes pensés pour des consommations massives. Un objet très peu vu reçoit peu de notes et ne se retrouve quasiment jamais recommandé. Inversement, recommander systématiquement des objets populaires conduit à accroitre encore leur popularité.

Faire perdre le plaisir et l’esprit critique

Au fil du temps, on n’aimera ou n’aimera pas un film ou une musique. On le regardera ou l’écoutera sans se poser de question de notre plaisir. On deviendra assez rapidement des hamsters qui tournent dans leur cage en étant perfusés aux produits à la mode.

Organiser sa destruction
L’humain est un être incontrôlable. Fan de Leonard Cohen, il peut se réveiller un matin avec une furieuse envie d’écouter Maître Gims. Il peut en même temps prendre conscience qu’on le manipule et ne plus accepter qu’on lui impose une culture formatée par des machines.

Non

Le thermomixage en est à ses balbutiements.

Aujourd’hui, l’utilisateur a encore l’effort à faire de se connecter à son service de diffusion de musiques ou de films. Il faut qu’il sorte son téléphone ou ordinateur pour effectuer le clic de commande. On commence à lui faciliter la vie avec l’utilisation de la voix : « Alexa, musique », c’est tout de même plus simple .

Le stade suivant sera une connexion directe avec le cerveau. On devra penser «  musique » et la musique sera diffusée… Au stade d’encore après, déjà dans les cartons des chercheurs, on n’aura plus besoin de penser. Les machines nous indiqueront quand on veut écouter de la musique et quelle musique on aime.

Qu’est-ce qu’il y a dans les algos ?

Pour constituer ses listes et recommandations, les algorithmes utilisent la logique essayée et adoptée du “les gens qui aiment ceci aiment aussi cela”.

Ils passent aussi en revue une série de données.

  • Le mode de navigation dans le site : comment vous effectuez votre recherche ? Quel est le premier film ou musique qui retient votre attention ?
  • Le temps de lecture ou d’écoute, afin de déterminer votre niveau d’appréciation.
  • Les produits abandonnés, et au bout de combien de temps ;
  • Les corrélations que vous faites : une musique vous donne envie d’écouter une autre musique.
  • L’heure à laquelle vous avez regardé ce contenu.
  • Ce que vous avez regardé la semaine précédente, le mois précédent, l’année précédente à la même époque.
  • Les marqueurs de contenu des vidéos : êtes vous plus films d’horreurs ou documentaires ?
  • Les choix des contacts enregistrés ou repérés.

La liste est enrichie en permanence. Par exemple, sur les plateformes musicales, les timbres des voix, les fréquences, les rythmes des chansons font maintenant l’objet d’une catégorisation. L’idée est de proposer des voix similaires appartenant à un autre registre.

La manipulation se sophistique
Netflix modifie les vignettes de présentation de films en analysant celles qui retiennent l’attention de l’utilisateur.