Hier, j’ai fait un peu de méNuage (ménage des données numériques). Comme mes ordinateurs sont remplis par mes agitations du clavier, je redécouvre souvent des productions scripturales plus ou moins poussiéreuses.

J’ai sorti de mon grenier électronique, un compte-rendu des rencontres d’Autrans de 2006. Cette année là, quelques cerveaux déjà bien numérisés ont imaginé la vie dans dix ans.

Internet sera devenu si familier que l’on ne le remarquera plus…Le téléphone, l’ordinateur et la télévision auront fusionnés… Nous serons connectés et joignables en permanence… Nos brosses à dents seront équipées de capteurs qui analyseront nos muqueuses… Des imprimantes 3D graveront nos objets quotidiens… Les assurances nous factureront nos excès de vie… L’Etat légiféra pour limiter le cyberinfidélité… Les technologies de surveillance permettront le maintien à domicile des personnes dépendantes… Notre livreur de pizza disposera d’informations sur notre santé et nos finances… Le droit d’auteur et les copyrights industriels seront abolis… Les entreprises seront plus réactives et composeront avec les contraintes géographiques et temporelles… Le tourisme médical se développera… Les échanges de pair à pair seront encouragés… Les jeux seront utilisés dans le système de formation personnalisée… Les talents de chaque élève seront exploités et mis au service des communautés d’apprenants… Nous n’habiterons, ni ne travaillerons plus en ville… La liste des compétences nécessaires à un emploi sera longue et rapidement obsolète… Nous emprunterons du temps de cerveau à notre voisin… Nous assisterons à un trafic d’identités numériques… Les débats démocratiques disciplinés bouleverseront la vie politique… Internet n’existera plus et nous irons à la plage…

Certains étaient néanmoins déjà submergés par ce tsunami numérique.

J’ai l’impression d’être entré dans une ferme abandonnée qui s’est transformée en une tour de 50 étages. Je ne reconnais plus ma ferme et je n’ai plus d’autre choix que de reconstruire une ferme en haut de la tour. L’enjeu est de repartir dans le local pour retrouver des fonctionnements artisanaux. » disait Valentin Lacambre.


Si cette liste à la Prévert reste à vérifier, vous pouvez aussi la compléter. (Vous pouvez télécharger un PDF de ce livre comprenant de nombreux scénarios futuristes)

Dans ce document le prospectiviste Thierry Gaudin écrivait : « Les choses importantes, disait Nietzsche, arrivent à pas de colombe. C’est bien le cas d’Internet qui, installé comme un outil neutre et discipliné, suscite un bouleversement des habitudes et transfigure subrepticement les sociétés. »

Dans cette transfiguration de la société, j’ai repéré cette semaine deux nouveaux phénomènes :

  • Le premier, je le nomme la distripacité ou le partage des capacités supplémentaires disponibles.

Avec le numérique, le partage est devenu une affaire épidémique pour une raison simple. Avant quand on prêtait son disque a à un ami, on ne l’avait plus. Avec le numérique, le partage devient cadeau Bonus. Non seulement on a le plaisir de donner à l’autre,mais en prime on conserve son bien.

Cette philosophie se traduit aujourd’hui par le désir de partager nos surplus. Ces excédents existent au niveau des entreprises qui peuvent avoir des locaux vides, des véhicules disponibles certains jours, une capacité d’accueil à la cantine qui dépasse les besoins de son personnel, des disques durs en sous-utilisation chronique… Mais aussi au niveau des particuliers. On peut avoir une chambre disponible dans son appartement, de nombreux restes dans son réfrigérateur, utiliser que très rarement sa voiture…

Des initiatives commencent à exister. La Poste est en train de réfléchir à un partage de sa flotte automobile non utilisée. Avec Buzzcar , on peut faire du colautage ou partager sa voiture.

Dans cet esprit, j’ai imaginé des nomadium ou des espaces publiques de travail à l’intérieur d’une entreprise. L’idée est que cela favorise le métissage, donc la créativité à l’intérieur de l’entreprise.

Et ce matin, alors que je chevauchais mon destroyer mécanique, j’ai imaginé le comailage, ou le partage des mails en surnombre. Pour ce faire, le récipiendaire identifierait des mails auxquels une communauté d’individu peut répondre (les membres d’un service, d’une association, famille…). Avis aux entrepreneurs en mal d’idées. Il serait temps d’avoir des idées pour que certains arrêtent de se noyer dans un torrent de mails.

  • Le deuxième phénomène émergent est l’utilisation d’algorithmes sophistiqués pour prédire des événements. (Voir dans le dico du futur le métier de prédicitien). Ces algorithmes sont basés sur des flots d’informations disponibles. Des initiatives étonnantes existent. La police de la Santa Cruz, en Californie, a entamé une expérience consistant à prévoir quand et où certains crimes vont être commis et donc d’envoyer des hommes sur le terrain avant même que ces crimes ne soient commis. L’entreprise américaine Predictive Medical Technologies travaille sur la prédiction des arrêts cardiaques 24 heures à l’avance. Deux chercheurs de l’entreprise HP, Sitaram Asur et Bernardo Huberman, essayent de prédire le succès d’un film. Leur algorithme est basé sur trois données : le nombre de tweets générés par le film, leur longévité, et leur nature (positif, négatif ou neutre). Il résulte de l’analyse de 3 millions de tweets concernant 25 films.

Futureusement vôtre

Anne-Caroline Paucot