Thérapie pour se désintoxiquer de la voiture

Hier, la voiture était une drogue dure dont on ne pouvait pas se passer. Elle avait pris une place si importante dans l’inconscient collectif (enfin, plus précisément dans l’inconscience collective) que l’idée de réduire ses privilèges paraissait totalement incongru. Pour laminer ce mythe, le gouvernement a lancé la carothérapie, une thérapie virtuelle pour se désintoxiquer de la voiture.

La carothérapie se pratique tout d’abord dans CarLife, un univers virtuel dont le but est de dégoûter de la voiture.CarLife propose aux addicts un condensé des vicissitudes de l’automobile : embouteillages, accidents, incivilité, car jacking… La dernière création est l’autoroute de mort.Pour y accéder, les automobilistes virtuels doivent disposer d’engins pouvant rouler à plus de 200 kilomètres heures, avoir au choix bu quelques verres, fumé des joints, ingurgité des somnifères, effectué une autre occupation lorsqu’ils sont au volant (téléphoner, regarder la télévision, tapoter son ordinateur…). Quelques heures après l’inauguration, les CarLifistes ont vécu une dizaine de carnages dramatiques provoqués par des automobilistes qui roulent à contresens ou s’amusent à pousser dans le fossé les voitures qu’ils dépassent.Le principe de CarLife est créé une saturation qui crée une prise de conscience. L’association NoCar doute de son efficacité en se basant sur des témoignages d’adeptes de CarLife : « CarLife nous apprend surtout à ne plus avoir peur d’être mort pour toute la vie », affirme par exemple Jack qui avoue continuer à toucher des volants non virtuels.

Mot connexe : bagnolarde (la bagnole pour les condamnés à s’en passer)

L’autre méthode est la thérapie embarquée illustrée par l’histoire arrivée à Hugo.

Jeu de vilain

« 130 kilomètres heure… 132… 135. Dis l’ami Hugo, tu ne serais pas un mou du champignon. 140… 147. Enfin tu commences à te réveiller. Regarde, c’est magique, les voitures ont l’air immobiles. Encore un effort… 153… 172. Grisant cette vitesse. Jette maintenant un coup d’œil dans le rétroviseur. Un gyrophare bleu ! Oui, ce sont les flics. Ils sont à ta poursuite. Les choses sérieuses vont pouvoir enfin démarrer. Tiens bien le volant et accroche-toi. Vu la vitesse où tu circules leur radar a du exploser, ils ne te lâcheront pas tant qu’ils ne t’auront pas réussi à arrêter ta course. Accélère, prend la bande d’arrêt d’urgence. A droite, il y a un trou, faufile-toi. Non, ne ralentis pas, klaxonne, cette bande d’avachis va bien te laisser passer. Regarde, ils s’écartent. Mais, qu’est-ce qu’elle fout la voiture jaune ? Attention, les flics se rapprochent. Ne rétrograde pas… Mais, bon sens, qu’est-ce que tu attends ? Pousse la voiture. Tu ne risques rien avec tes super pare-chocs. Dans le décor ! Bravo, et une de moins. Tiens, il n’y a plus de gyrophare dans le rétro. Tu as dû créer un accident de la circulation. Avec ta chance, il y aura plein de morts et ils en parleront aux infos. Pas étonnants, avec tous ces provinciaux qui ont trouvé leur permis dans une bouse de vache. Bravo, tu peux relâcher la pression. Pas vraiment, regarde au dessus de toi, il y a un hélico. Les salauds te suivent à la trace. Pas de panique, ils n’auront pas le dernier mot. Fais-leur un petit geste de la main pour la photo. Cela sera du meilleur effet quand tu passeras à la télé. Un tunnel ! Vraiment tu es un chanceux. Quand tu es dessous, surprends les en prenant la première sortie. Oui, elle est en contresens, quelle importance. Vas-y, braque à fond. Un barrage, accélère. Tu n’as plus le choix. Les salauds, ils te tirent dessus. Couche-toi… Après des bruits assourdissants d’explosions et de fracas de tôle, il s’en suit un silence mortel.
Hugo se redresse lentement quand il entend une voix synthétique lui dire :* Cher Hugo, vous êtes mort et vous avez tué 43 personnes. Dans quelques minutes, vous allez pouvoir reprendre la route. Nous espérons que ce programme de défoulement vous incitera désormais à la plus grande prudence. Lisez les consignes de sécurité, cliquez pour les approuvez et votre console de jeu redeviendra un tableau de bord.Hugo peste. Quand lors de son dernier excès de vitesse, on lui demandait de choisir entre un mois de prison et une thérapie comportementale embarquée, il n’a pas hésité. Il opta sans discuter pour ce traitement qui lui évitait l’emprisonnement.Après deux mois de ce traitement, il n’était plus sûr d’avoir fait le bon choix. Prendre sa voiture était devenu un cauchemar. Lorsqu’il faisait une entorse aussi minime soit-elle au code de la route, par exemple un dépassement d’un 1 k/h de la limite autorisée, il devait subir un exercice d’une demi-heure. Il commençait à comprendre que ce lavage de cerveau à distance était la pire forme de privation de liberté.