Ensemble de moyens qui perturbent les uniformités noosphériques.

Les historiens, les sociologues et les politologues ont fini par déceler que la tendance des idées a se fondre en blocs uniformes et monolithiques était le danger tant pour l’évolution des individus que pour celle de ses sociétés.En croisant les différentes disciplines scientifiques, on a fini par déceler que la cause de cette monolithisation de la pensée était dans la tendance des individus à s’enfermer eux-mêmes dans une sorte de bouteille faite de croyances simples et invisibles à leurs propres yeux.

Ce que certains ont pompeusement baptisé « paradigmes ». Comme ces bouteilles sont transparentes, les individus n’ont pas conscience de leur enfermement et au contraire ils voient les idées des autres dans les bouteilles voisines. Entre alors en scène un deuxième phénomène : celui du mimétisme entre le contenu des bouteilles. On se retrouve ainsi avec des milliards de bouteilles fermées dont les contenus se croient libres tout en se copiant les uns les autres.

L’ensemble s’aggrège pour former la pensée mondiale unique monolithique qui se traduit de manière visible par le port des mêmes chaussures quelles que soient les latitudes et les circonstances ; olfactivement par les mêmes parfums artificiels et les mêmes cuisines inodores quelles que soient les cultures ; gustativement par le choix des mêmes vins sans caractère ; tactilement, par les mêmes peaux quelle que soit la race ; kinesthésiquement par… je vous laisse deviner.

On a beaucoup discuté des remèdes. Au plan social, des mesures radicales ont été imaginées, comme la suppression de la mode qui cultive le grégarisme et celle des campagnes politiques qui encouragent le psittacisme. On a imaginé aussi de ressusciter des langues disparues avec aussi peu de succès, d’ailleurs, que pour les espèces végétales et animales. Au niveau des individus, on a assemblé des technologies de toute sorte, qui vont de stages de dégustation de vins et de nourritures subtiles jusqu’à l’immersion dans des univers mentaux inattendus, en passant par une grande variété d’expériences cognitives.

C’est cet ensemble de moyens de perturber les uniformités noosphériques qui a reçu le nom de décapsulware.

Mot proposé par Thierry Groussin