Janvier 2030, FuturoMag

Une femme a demandé l’autorisation d’épouser son réfrigérateur. Cette requête repose tant la question de la personnification des  objets intelligents que celle des relations intimes entre robots et humains.

Quand François Loutin, le maire de Chienville, a reçu le lettre de Madame F. il a cru à une plaisanterie. On le comprend aisément car Madame F. lui demande pas moins que l’autorisation d’épouser son réfrigérateur.

François Loutin est maire depuis plus de 25 ans et est connu pour faire preuve d’ouverture d’esprit en matière de mariage. Après avoir contribué au mariage des homosexuels, il plaide en faveur des mariages d’avatars évoluant dans les univers virtuels. Il considère que ses créatures électroniques sont animées par des hommes et des femmes susceptibles s’aimer. Pour lui, la rencontre des esprits peut parfois supplanter celle des corps. Pour autant, il n’est pas prêt à  accepter toutes les extravagances de l’humain. Comme il le précise, « la demande le réfrigéra » comme au demeurant, toutes celles nombreuses, d’épouser un robot.

Intrigué, François Loutin a reçu Madame F. Cette mère célibataire de deux enfants lui  a expliqué que, chez elle, son réfrigérateur règne en seigneur et  maître. Relié au Net, il propose des menus, effectue des commandes des ingrédients nécessaires et se connecte à la banque pour régler les factures. Les aliments étant dotés de puces RFID, il déclenche une alarme lorsque ses gamins volent un produit défendu. Il lui rappelle chaque jour ce qu’elle a à faire et la houspille quand elle n’a pas effectué une tâche.  Il peut aussi certains jours lui dire des mots gentils. Il n’y a donc pas une grande différence avec un mari traditionnel. La seule à ses yeux est que son réfrigérateur est toujours d’égale humeur et qu’il sert les bières au lieu de les boire.

Si Madame F a franchi un pas  qui l’éloigne de la normalité, cette demande pose le problème de la personnification outrancière des objets comme l’explique le professeur Stack : « A force de leur donner la parole aux objets, de s’en référer à eux pour une série de choses quotidiennes, de les désigner comme intelligents, on finit par les penser humains, voire même doués de raison. »

David Levy, un chercheur britannique en intelligence artificielle, qui en 2008 a été à l’initiative  du livre « Amour et sexualité avec les robots » comprend parfaitement la demande de Madame F : « La première chose qui pousse les gens à tomber amoureux sont les similarités avec leur personnalité et leur savoir. Cette adéquation étant programmable, le réfrigérateur peut l’intégrer. L’autre raison du coup de foudre est la ressemblance. Rien n’interdit dans ce cas d’imaginer que son  Madame F. a  et d’autant qu’avec l’arrivée des réfrigérateurs au design programmable,  elle  peut l’avoir dessiné à son image ». Il ajoute : « En 2008, je me basais sur l’observation de notre fascination pour les animaux virtuels, des Tamagotchi aux Aïbo, et sur celle de nos pratiques sexuelles pour affirmer que l’amour et le sexe avec un robot sont une extension inévitable de nos idées, sentiments et actions quotidiennes. La question était alors non pas de savoir si cela allait arriver, mais quand. Maintenant que c’est chose faite, la question est de savoir quand la société va l’accepter et comment cette sexualité va transformer la famille. »

Cette transformation inquiète le professeur Stack : « Comme l’on n’arrête ni le progrès, ni la bêtise humaine, on peut s’attendre à ce que demain des émules de Madame F. demandent l’insémination artificielle de leur réfrigérateur.