Commençons par un truisme. Si les entreprises savent que leur pérennité est liée à leur capacité à l’innovation, elles s’ingénient à tuer toutes formes de créativité !

Une idée innovante est comme un clou qui dépasse. On cogne dessus pour qu’elle disparaisse. L’exercice est simple. Il suffit de l’accueillir  en soupirant des « à quoi bon, on a déjà essayé et cela n’a pas fonctionné » ou « Dommage, mais nos budgets sont bouclés. » Si l’innovateur insiste, on commande une étude qui durera te temps nécessaire pour rendre l’idée obsolète. 

Comme cette attitude pachydermique a tendance à m’agacer, j’ai eu envie de vous proposer dix idées (plus une… PropulS’ un concept développé et animé par l’agitée du clavier qui vous écrit).  Elles partent du principe que pour créer un climat propice à l’expression créative, trois conditions doivent être réunies. Il faut … 

– De la contrainte
Si l’on peut partir dans tous les sens, les énergies se dispersent dans la nature. Un cadre assez contraignant donne envie de se mobiliser pour repousser les limites.  

– De la liberté
La théorie du chaos stipule qu’un désordre génère des ordres de qualité supérieure. Cette théorie développée par des chercheurs en thermodynamique des fluides s’applique à l’humain. Le désordre existe s’il y a  assez de liberté pour frictionner les points de vue et métisser des approches.

 

– De l’aération
Des apports extérieurs (informations, réflexions) sont nécessaires pour élargir l’horizon et le champ d’exploration. Ils permettent d’éviter de fonctionner en circuit fermé et que de ce fait les réflexions sentent le moisie.

 

En l’absence de ces éléments je pense qu’on peut au mieux résoudre des problèmes et au pire créer des « solublèmes » ou solutions qui créent un problème plus important que celui qu’il a voulu résoudre.

 

C’est parti

 

Idée 1. Former l’ensemble de l’entreprise à la créativité et à l’innovation 

Compréhension des mécanismes, ateliers, expérimentations, diffusion des innovations… Du haut en bas de l’échelle, Procter et Gamble a formé à l’innovation l’ensemble de ses collaborateurs. L’investissement a contribué à ne plus considérer l’innovation comme un gadget aussi sympathique que peu stratégique mais comme une culture à enrichir en permanence.

Idée 2. Du temps pour développer des projets personnels

Les salariés de Google consacrent 20 % de leur temps de travail à un projet personnel. Ce système est un excellent moyen tant pour récupérer de bonnes idées,  motiver ses salariés que de créer des liens. La moitié des produits Google proviennent de ce temps libre.

D’autres entreprises ont mis le concept à leur sauce.  Chez  Atlassian, les employés travaillent sur ce qu’ils veulent pendant une journée. Le lendemain, ils racontent.

 

Idée 3. Créer un Situationist spécifique à votre entreprise

Situationist est une application Iphone qui invite les membres du réseau à interagir entre eux. Si vous croisez un « iphonien » équipé de cette application, le jouet communicant clignote et un message vous incite à faire différentes choses comme : « Faire un câlin pendant exactement 5 secondes », « Complimenter la personne sur sa coiffure » …

Dans l’entreprise, on pourra imaginer des actions comme : « Raconter en une minute le projet qui vous passionne en ce moment. », « Offrir un café à la première personne que vous rencontrez » « Livrer les trois infos de la journée que vous estimez importantes, ou toutes choses dont rêve une direction avide d’échanges productifs entre ses collaborateurs.

Le principe de cette opération ludique est de créer de l’inattendu et d’apprendre à y réagir efficacement.

 

4 Créer une banque d’idées

Les habitués de la lettre vont soupirer en pensant que je vais radoter en parlant de nouveau   de 1001 idées ».  D’accord je vais m’abstenir aujourd’hui (mais cela ne vous empêche pas de découvrir les 208 idées ). Il n’en demeure pas moins que si une entreprise retient le principe (en l’améliorant en ajoutant des contraintes) et qu’elle trouve une ou plusieurs idées pour faire fructifier les contributions, cela peut contribuer à la mise en place d’une mécanique créative.

Mais ne croyez pas au miracle. S’il l’on se contente d’ouvrir une banque, il y peu de chance que les salariés y déposent des idées. Il faut de l’huile de coude pour que la machine démarre.

5. Installer des KawaTwitt

Les  kawaTwitts sont des machines à café qui distribuent des cafés quand on envoie un message via le réseau Twitter. Vous créez un hastag (un mot précédé d’un # qui permet d’effectuer une recherche) et tous les collaborateurs écrivant un message comprenant ce signe reçoivent un café gratuit. Ce serait fort de café si dans un laps de temps assez court, vos collaborateurs ne font pas preuve d’imagination et de créativité.

 

6. Faire un pont d’or à René Duringer, Christophe Ducamp ou Anne-Caroline Paucot

« Pourquoi tout le monde fait semblant que le monde est logique et rationnel? Quelle sera la cosmétique du futur avec innovation de rupture? Le beau est il universel ? Le mot patron est il dépassé ? Faut il se révolter contre par la précarité? Est ce que la prochaine génération saura que la viande provient d’animaux morts ? Quelles sont les conditions pour réussir a vendre de l’info professionnelle sachant que les gens que l’info est gratuite sur le net? Pourquoi le marketing pour vendre aux pauvres est un sujet tabou? Faut il militer pour la transmission des savoirs ? »

 

Jour et nuit, Réné Duringer pose des questions, crée des groupes, recherche des information insolites. C’est l’animateur de communautés virtuels idéal. (PS : Je ne le connais pas, mais je doute qu’il cherche du travail.)

Christophe Ducamp est lui du genre « Géovoiloin ». Marketing géolocalisé, monnaies complémentaires, quantification des données personnelles… Il repère les signaux faibles et expérimente. En quelques tours de vélo, il peut redonner de l’enthousiasme et l’envie de découvrir à des organisations bétonnées dans leur ennui.

Anne-Caroline Paucot ou en l’occurrence moi-même, vous connaissez. Enfin, j’avoue que l’idée de faire danser des idées sur un pont d’or ne me déplairait pas. Je vous rassure,  j’accepte aussi le métissage des matériaux qui, comme tout autre métissage, peut rendre créatif.

8. Organiser des m(it ou yth)onnerie

Une m(it ou yth)onnerie est un déjeuner hebdomadaire où chacun arrive avec dans sa besace une chose qui l’a étonnée.

Information, expérience, livre, sourire, tableau, film, repas, manière de faire, geste, aventure personnelle… Tous étonnements sont acceptés. Chaque convive présente son étonnement. Les autres rient, sourient, votent… Un chapeau passe. On met un euro ou deux pour payer le repas de la personne qui nous a le plus étonnés.

PS : On peut écrire mitonnerie, en référence au verbe mitonner. Une mitonnerie est un lieu où l’on mijote des idées, cajole nos esprits, dorlote nos imaginaires.
On peut aussi écrire mythonnerie. Une mythonnerie est alors une construction des esprits qui ensemble invente des récits fabuleux mettant en scène des symboles de notre actualité.

A dernière m(it ou yth)onnerie, des Propulseurs, j’ai noté quelques étonnements :

  • L’arrêt du programme Seti. On découvre de nouvelles planètes et l’on ne veut pas leur parler.
  • Un cas de divorce sur 5 aux USA exploite des données Facebook. En batifolant sur le réseau, on fait son propre malheur.
  • Le programme du PS ne comprend aucune rubrique culture. Comme si ce n’était plus important !

Si ces étonnements vous donnent envie, vous pouvez venir à la prochaine m(it ou yth)onnerie : http://www.facebook.com/event.php?eid=164198210307990

 

8. Créer des nouveaux supports d’échanges

Après avoir transformé des portes ou des murs en tableau noir et ajouté des nappes en  papier aux tables de la cantine, posez des questions iconoclastes du style : « Est-ce que vous croyez qu’on aura besoin demain de dépuciéreurs, spécialiste de la détection et suppression des puces RFID). Qu’est-ce que cela changerait si les fabriquantes se répandaient ? (Fabriquantes : imprimante 3D pouvant imprimer des objets). Vous manquez d’inspiration ? Demandez de l’aide à Réné Duringer, Christophe Ducamp ou moi-même, vous n’aurez qu’à faire le tri.

9. Lancer des barCamp,  explorCamp, Pecha Kucha

Un barCamp est une rencontre basée sur le principe « pas de spectateur, tous participants ». Il prend la forme d’ateliers-événements participatifs où le contenu est fourni par les participants.

Dans un explorCamp, les participants évoluent entre 6 à 8 tables d’exploration de 20 minutes. Un coup de clochette, ils changent de tables.

Pecha Kucha est une expression japonaise signifiant « le bruit de la conversation ».

Le principe d’un Pecha Kucha est d’avoir un enchaînement de présentation comprenant 20 images,  projetée pendant 20 secondes, soit 6 minutes 40 secondes de présentation.

Ces formats (et d’autres nouveaux) de manifestation vont réveiller les collaborateurs de l’entreprise.

 

10. Organiser un lautro

Le  lautro (concept imaginé pour indiquer le nombre de dix idées indiqué en début de lettre) est une loterie du coaching. Vous tirez le nom d’une personne de l’entreprise que vous suivrez pendant une journée. Ensuite, vous effectuez bilan critique et améliorations.

Le lautro est basé sur le principe trivial de « on voit mieux la paille dans l’œil de son voisin que la poutre dans le sien ». Il introduit cette distance nécessaire  pour envisager les problèmes de plus en plus complexes de l’entreprise.

Le plus, PropulS’, ce sont des ateliers pour inventer l’entreprise de demain, des nouveaux produits et services, une ville… Si ces ateliers sont fortement ventilés en apports innovants, leur spécificité est d’être pensé comme des briques d’un processus de création dynamique.  Les idées imaginées dans un atelier sont mises en ligne et viennent  nourrir l’imaginaire d’une collectivité.

Futureusement vôtre

Anne-Caroline Paucot