Pour commencer cette lettre, je vous propose un petit exercice. Vous prenez le mot « année », le chiffre « 2012 » et ajoutez un ou plusieurs adjectifs accordés au féminin comme « bonne, souriante, gouleyante, amoureuse, solidaire, créative, incorrecte, tendre, bondissante, abrasive… ». Vous effectuez l’assemblage et affichez le sourire satisfait de celui qui vient de recevoir les vœux du dico du futur.

Vous ne vous y attendiez vraiment pas, car depuis quelques temps, vos vendredis étaient longs comme des jours sans amour. Vous guettiez la lettre du vendredi du dico et à la fin de la journée vous aviez un soupir littéraire et à l’instar de Lamartine disiez « Une seule lettre me manque et rien n’a d’intérêt ». Je vous rassure, dans mon carnet de résolutions pour l’année, il y a la reprise de l’envoi hebdomadaire de la lettre.

Après cette entrée en matière désuète et lyrique, je reviens à mes moutons. Je vous propose de démarrer l’année avec une galette de cinq mots tendance.

1. Le premier est la zombiquité qui désigne la présence physique et l’absence mentale d’individus en lien avec des personnes distantes.

Dans certains milieux, le smartphone est devenu un outil de transformation d’un individu en édulcorant de lui-même. L’individu physiquement présent adopte une écoute flottante et cherche juste à agripper les bons mots qui vont intéresser les individus de son réseau social. Il envoie des tweets, des SMS, rit des réponses et place dans la discussion une remarque décalée émanent de personnes distantes.

Si la zombiquité est un phénomène émergent, elle semble avoir de beaux jours devant elle. Les individus qui la pratiquent font de nombreux émules en considérant qu’ils œuvrent de manière généreuse pour leur communauté et non qu’ils sont des rustres impolis.

2. Le deuxième est concrétitude qui caractérise un désir de retour vers le concret.

À force d’excès de virtualisation et dématérialisation, nombreux sont ceux qui ont envie de remettre de la terre et du cambouis sur leurs mains. À force de se projeter dans des écrans, leur vie est devenue plate. Ils constatent que la kyrielle d’amis virtuels apporte bien moins que les potes en cher et en rires qui viennent vider leur cave et réfrigérateur. Ils ont l’impression de s’être nourris avec pilules aux goûts subtiles, mais aspirent maintenant à retrouver des aliments qui croquent sous la dent. Comme il y a quelques années, on parlait de retour à la campagne, on aspire aujourd’hui au retour à la vie réelle, concrète.

3. Bookaméléon ou livre numérique se transformant en fonction des besoins des utilisateurs.

J’ai choisi ce mot après avoir rencontré plusieurs éditeurs et constaté la frilosité vis-à-vis du numérique. La vision est celle du monstre qui va grignoter toutes les marges et hacher menu toutes les valeureuses maisons d’édition. Et si le numérique favorisait l’accès à la lecture à un plus grand nombre! Et si le numérique permettait d’enrichir le livre traditionnel de contenus audios et vidéos ! Et si le numérique encourageait l’innovation scripturale ! Et si… À cette étape de ma démonstration, les éditeurs m’ont déjà poussé dehors. Dans le milieu, les oiseaux de bon augure sont assez mal vus en ce moment.

4. Enverdeur ou intégriste de l’écologie.

Ce mot se retrouve dans la première lettre de l’année juste parce que j’ai visité un nouveau bâtiment labelisé HQE (Haute qualité énergétique). Les architectes ont pensé cet immeuble devant accueillir des entreprises innovantes (une centaine) en fonction de cette unique contingence. Le psychologue de l’école de Palo Alto Paul Watzlawick pensait que « toujours plus de la même chose » avait tendance à renforcer le problème. Je crois qu’il serait intéressant de suivre l’affaire vu l’usine à gaz qui régule la thermie de l’immeuble. En attendant, l’architecte obnubilé par la norme a oublié d’en respecter une autre, la HQC (Haute Qualité de la Convivialité). La majorité des magnifiques terrasses de l’immeuble sont occupées par des panneaux solaires et des panneaux végétalisés. Avec ce mot, je me demande si l’on peut en même temps protéger l’environnement et notre environnement de travail ou de vie !

5. Un article du Monde annonçant que des physiciens conçoivent une cape d’invisibilité temporelle, j’ajoute à la galette du jour le mot ventome ou vêtement qui rend invisible (ou capotaille @sophiemaheo).

Dans l’élan, j’imagine j’imagine la manière de s’habiller dans le futur.

Peut-être que demain des sites programmeront nos douches d’habillage en fonction de notre planning et de la météo. Les jours de grande chaleur, on choisira des habits climatisés en tissus fermentés qui nous garantiront une température idéale. Quand notre miroir détectera un souci, on optera pour des vêtements diffuseurs de médicaments ou des fibres naturelles extraites du soja, ananas ou crabe ayant des propriétés antibactériennes, hydratantes, anti-inflammatoires. L’électrocouture damant le pion à la haute couture, nos robes afficheront des messages en phase avec nos émotions. Si elles sont trop fortes, on pourra soit la dégrafer et utiliser le tissu pour prendre son envol, soit l’enlever et opter pour le vêtement qui rend invisible. Nos pulls seront compréhensifs. Ils s’adouciront lorsqu’ils sentiront un stress.

La lettre est déjà longue, mais dans le carnet « Peux mieux faire en 2012 », j’ai décidé d’ajouter une rubrique actualité qui présenterait un ou deux heurts, bonheurs et malheurs liés à des projets en cours. L’idée est de donner envie à l’un ou l’autre lecteur de participer à une aventure.

 

  •  Actualité

Dans le cahier bonnes résolutions, on peut trouver l’animation d’une trentaine d’ateliers qui permettront de repérer, inventer et nommer des nouveaux concepts, objets, usages dans différents domaines. L’idée est tant d’effectuer une veille créative que de désigner les mots de demain. Les premiers auront lieu à la Cantine (mercredi 25 janvier de 19 à 21 h). Je suis en ce moment à recherche des partenaires pour mener cette opération. Si vous êtes intéressé, vous pouvez télécharger le document de présentation. (S’il est ciblé sur la Cantine et donc Paris, toutes autres propositions sont les bienvenus.°

Futureusement vôtre

Anne-Caroline Paucot