Une fois n’étant pas coutume, la lettre du jour est une invitation à venir le 4 novembre à la Cantine (Paris) poser les premières pierres de l’Académie du futur. Si vous n’êtes pas immortels, devenez intemporels !

 

Déferlante des nouvelles technologies, prise de conscience de la nécessité de sauver la planète, vieillissement de la population, mondialisation…  Ces phénomènes font émerger des milliers de nouveaux objets, usages et concepts.

Dans un élan de laxisme sémantique, ces nouveautés sont nommés par des mots anglais ou par de médiocres néologismes franglais.

Les mots ne sont pas des simples particules des phrases. Ces syllabes entremêlées sont les briques de la pensée. L’utilisation d’un matériau de mauvaise qualité a des conséquences fâcheuses. Elle se traduit par :

1.  De l’incompréhension

Ne maîtrisant pas toutes les subtilités d’une langue étrangère, les uns donnent un sens à un mot que l’autre ne saisit pas. Ce jargon crée  des incompréhensions qui souvent se transforment en rejet.  Avec leurs briques-mots, les usagers construisent des murs empêchant le métissage des idées.

 

2. La création d’une novlangue et une augmentation de la passivité

Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté. [Confucius]

La novlangue est la langue officielle d’Océania, le pays inventé par George Orwell dans 1984. Le principe est une simplification lexicale et syntaxique de la langue interdisant l’expression des idées subversives. Le jargon « néo-anglais »  pratiqué actuellement se situe dans cette logique. Il empêche tant l’appropriation des évolutions technologies et sociétales que leur critique.

 

3. Un appauvrissement de la réflexion

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. » Wittgenstein

Lorsque les mots manquent,  la pensée bute, cherche, manque de fluidité. La réflexion s’appauvrit. Elle devient technique, formelle et n’est plus augmentée de poésie et autres richesses syntaxiques.

Les autorités ne sont pas restées insensibles à l’apparition de notions et  réalités nouvelles.  En 1996, la loi  Toubon impose la création d’une commission spécialisée de terminologie et néologie dans chaque ministère. Depuis, dans chaque ministère,  des fonctionnaires se voient confier cette tache. Les mots qu’ils proposent ne sont pas très enthousiasmant pour plusieurs raisons :

  • Après l’heure, c’est trop tard

 

Les spécialistes ministériels ne travaillent pas sur des usages et des concepts émergents, mais sur la traduction de mot anglais.  Ils s’attèlent à traduire des mots comme networking alors qu’on le trouve plus de 11 millions dans les pages en Français d’Internet, ou community manager (1, 8 millions occurrences) et encore  liker (620 000 occurrences). En clair, ils interviennent quand un mot est déjà adopté.

Le processus de validation d’un mot étant lourd. Il se passe quelques lustres entre la proposition d’un ministère et la validation d’un mot. Cette mécanique est peu adaptée au déferlement actuel des nouveautés.

  • Des traductions un peu scolaires

Leurs traductions sont souvent littérales. S’attachant plus aux mots qu’au sens, elles réduisent le mot à une expression peu heureuse. C’est ainsi qu’un early adopter devient un acheteur pionnier, spin docteur, façonneur d’image.

  • Une déficience créative

Le processus de création de mots s’avère plus bureaucratique que collaboratif.

Consciente de cette faiblesse, la  commission française de terminologie vient de lancer un Wiki. Si l’intention est louable, ce Wiki est conçu au mode « NeTanderthalien » (datant des Cro-Magnons du Web). En prime,  les promoteurs du site donnent des exemples qui n’incitent pas vraiment à la créativité. Ainsi ils conseillent de remplacer hotline par numéros d’urgence. Les usagers de ces services les  qualifieront sans doute de « numéros de patience ».

  • Les dicos entérinent

Chaque année en juin, les grands dictionnaires montent sur le devant de scène en annonçant une sélection des mots qu’ils ont retenus. Pour faire leur marché, les éditions épluchent les publications, les émissions de TV et les sites pour flairer les mots dans l’air du temps. Les aficionados de la technologie tapent ensuite les mots sur Google pour connaître le nombre d’occurrences. Un jury composé de linguistes, de correcteurs et de documentalistes décide d’intégrer ou non le mot dans le dico.

Cette année, ils ont intronisé  des mots inventés par des marques comme smoothie, cranberry , des concepts marketing comme saladeries et des mots anglais non traduits comme e-learning, blockbuster, smartphone.

Pour  enrichir et dynamiser ce système vieillissant et peu adapté à la déferlante d’innovations , l’idée est de créer une Académie du futur

  • L’Académie du futur

 

L’Académie du futur aura comme objectifs de :

  • Créer une dynamique collaborative et créative entre tous les pays de la communauté francophone.
  • Concevoir et dynamiser des réseaux permettant tant de repérer les usages, objets, concepts émergents dans les différents secteurs de l’économie que de les nommer.
  • Imaginer des produits et services innovants permettant de faire circuler les nouveaux mots et faciliter leur appropriation.
  • Proposer des ateliers en ligne et en présentiel favorisant des métissages créatifs autour des mots.
  • Élaborer et diffuser des cours de design de mots comprenant un inventaire évolutif des principes de création d’une lexie de qualité.
  • Mobiliser des médias traditionnels et des entreprises et les inciter à devenir des acteurs créatifs de l’Académie du futur.

A partir de cette grande option,  l’idée est d’inventer ensemble cette structure. Pour ce faire, je vous invite à une première réunion le vendredi 4 novembre à la Cantine. (12 rue Montmartre de 19h à 21h)

Pour ceux qui sont loin de Paris, ne vous faites pas de souci. Ce jour-là, nous réfléchirons à une série de moyens de vous impliquer.

Futureusement vôtre.

Anne-Caroline Paucot

En attendant, n’hésitez pas à envoyer vos idées, suivre sur Twitter ou devenir fan de la page Dico du futur

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