Comme le Beaujolais, la nouvelle cuvée de mots débarque et la presse nous abreuve de ses commentaires.

Pour l’édition 2013 du Robert, les optimistes s’étonnent  de l’introduction en dictionnaire de nombreux mots tendance crise comme psychoter, comater, pipeauter… Les puristes sont  soulagés. Ils n’auront plus à mettre en italique ou entre guillemets le mot bordeline. Les ronchons ronchonnent contre ce  combat d’arrière-garde. Ils précisent que Lol (rire à haute voix) est présent depuis 2007 dans Wikipédia (2003 pour la version anglophone). Quand aux gourmands, ils sont contents de pouvoir écrire qu’ils ont mis un délicieux bobum dans leur bento.

Les agités de la problématique qui tue nous resservent l’interrogation « maronnier » : Est-ce le dictionnaire fait la langue ? 

Lassée, j’ai envie de répondre  pour cette année et  les années suivantes par un laconique « Non ».  Le dictionnaire n’a qu’une activité conservatrice. Il sélectionne des mots qui circulent, les enferment  et parfois les mortifient avec des définitions sclérosantes.

Ce principe réactionnaire est au demeurant celui qui est encore en cours pour faire évoluer la langue française. L’évolution est régi par  loi Toubon de 1996 qui a institué des commissions spécialisées de terminologie dans chaque ministère. Résultat, des fonctionnaires zélés repèrent les anglicismes et tentent de les traduire. C’est ainsi qu’ils nous invitent à choisir le termes de platiniste plutôt que celui de DJ ou de façonneur d’images plutôt que Spin doctor.

Avec la déferlante des nouvelles technologies et l’évolution des problématiques sociétales, moult nouveaux objets et concepts apparaissent. Pour éviter qu’ils soient nommer éviter à la va vite par des anglicismes, il serait temps que le gouvernement comprenne que la construction d’une langue est un processus totalement démocratique. On adopte des mots parce qu’ils répondent à des usages et des besoins et non parce qu’ils ont été labellisés. C’est pourquoi de nombreux mots viennent des banlieues.

Dans cette marrade (nouveau mot labelisé par le Robert), le dico du futur a décidé de mobiliser son énergie sur la création d’un dico collaboratif des métiers de demain. De ce fait, nous recherchons des sponsors susceptibles d’organiser des ateliers créatifs  et ludiques sur les métiers du futur de la ville, de la santé, des finances, des transports, du numérique, de la mode, de la communication…

Pour vous mettre en appétit, je vous propose dix métiers. Pourriez-nous vous dire quels sont ceux  que vous conseillerez à vos enfants ?

1. Applicoacheur

Conseil aidant dans le choix et les usages d’applications mobiles

2.  Biométicien

Expert créateur d’objets, pratiques, applications s’inspirant du génie de la nature

3. Désicroqueur

Désigner spécialisé dans la fabrication d’objets qui se mangent

Percolacteur

Spécialiste du copier-coller intelligent ou de l’adaptation d’idées innovantes

5. Kilimandjeteur

Historien spécialisé dans les objets, usages, habitudes sémantiques victimes des évolutions technologiques ou sociétales

6. Euthanalogue

Médecin assurant la gestion des demandes d’euthanasie

7. Végétaliticien

Qualiticien qui effectue le bilan carbone d’objets dits « verts » et, si nécessaire, les déqualifient

8. Numérocteur

Thérapeute spécialisé dans le traitement des personnes ayant eu des pertes brutales de données numériques.

9. Concyleur

Concepteur de nouvelles fonctions d’objets mis au rebut

10 Psychogérontechnologue

Psychologue spécialisé dans le développement de services et technologies procurant du meilleur être aux séniors

Futureusement vôtre.

Anne-Caroline Paucot