FuturaMag 2030. Le Wikipédement a permis d’unir les talents et le temps de 40 000 personnes pour construire la D’ché Tour. Plusieurs milliards de tonnes d’ordures ménagères ont servi de matériau de construction pour cet immeuble de 400 mètres de haut. Max Roulor, wikipédieur et mentor de ce projet dantesque, répond à nos questions.

Quels sont les principes de base pour lancer un Wikipédément ?

La première chose est d’avoir un projet qui fasse rêver et qui a assez de hauteur pour que l’on ne le perde pas de vue. On ne mobilise pas les énergies sur un projet tiède. Si j’avais proposé d’imaginer collectivement des manières originales de recycler des déchets, j’aurais intéressé les spécialistes du domaine. Ils auraient travaillé ensemble pour proposer un peu mieux de la même chose. Il n’y aurait pas eu une de ces ruptures qui sert de trampoline au progrès.

Le projet Wikipédement doit-il avoir une utilité sociale ?

L’important est surtout que la finalité du projet soit extérieure au groupe de réalisation. D’une part, faisant sens, cela génère une motivation qui impulse une dynamique au groupe et n’est pas freinée par les divergences endémiques inhérentes à tous collectifs. D’autre part, cela fédère des compétences, des savoirs, des intérêts différents et permet au groupe d’atteindre la taille de fonctionnement minimum.

Quelle est cette taille minimum ?

Il y a création d’un cercle vertueux lorsqu’un millier de personnes se sent concerné par le projet. Mais on constate que plus le projet est ambitieux, plus le groupe est important. Plusieurs millions de personnes ont contribué à la D’ché Tour.

Est-ce qu’il y a un lien entre le nombre de participants à un projet et sa performance ?

Oui, plus on est de fous, plus on dégage de l’énergie. En prime, comme on fonctionne en système complexe, l’énergie collective est supérieure à la somme des énergies individuelles. Cette amplification existe lorsqu’on supprime les barrières entre toutes les formes d’intelligence et de savoir. L’important est de créer des chocs culturels productifs.

La Tour D’ché est né d’échanges entre des spécialistes du recyclage des déchets qui se lamentaient sur la pérennité de certains déchets — 400 ans pour la barquette plastique, 4000 ans pour les bouteilles en verre ! — et des architectes. Ces derniers se dirent qu’ils avaient là un matériau bon marché et une source d’apprivoisement en flux continu. Le lien entre les chercheurs en cognition augmentée, spécialisés dans l’étude du fonctionnement du cerveau lorsqu’il se trouve en état de surcharge d’émotions et d’informations, et les logisticiens ont permis d’inventer les ateliers de construco-déstress… 40 000 personnes y ont participé. Les robots n’ont effectué que 5 % des travaux.

Cette tour ayant coûté une somme dérisoire, elle va être rapidement amortie. Est-ce que les gains seront répartis en fonction du temps de participation au projet ?

Dans le Wikipédement, ce mode de calcul est obsolète. Un participant peut avoir apporté une infime brique de savoir qui par les effets des interactions, permet de gagner une quantité phénoménale de temps et d’argent. Le système de rémunération se négocie collectivement. En ce qui concerne la D’ché Tour, il a été décidé que l’immeuble utiliserait les bénéfices pour héberger gratuitement les projets Wikipédement les plus décapants. Plus de 1000 ayant été sélectionnés, on a toutes les chances de pouvoir participer à la réalisation d’un de nos rêves le plus merveilleux.